lundi 24 février 2014

Mars 2014 - Livre proposé par Alberte-Marie


L'AMOUR, LA MORT ET LES VAGUES  -  Yasushi Inoue

De ce titre, je ne retiendrais pas le mot amour ; le mot mort a quelque chose à voir avec le premier texte ; mais c’est surtout le mot vagues qui retient mon attention.
Un peu comme si les vagues, celles de la plage, étaient aussi à l’intérieur de nous. Les vagues, ce mouvement de l’eau qui arrive avec son écume blanche, gracieuse et légère, s’étale, s’installe et sitôt fait, se retire comme pris d’un remords subit, comme s’il changeait d’avis.
Voilà, je trouve qu’Inoué joue remarquablement avec ce concept d’instabilité, tout en ancrant les évènements dans des lieux immémoriels et stables.
Il joue avec les contradictions, les ambiguïtés, les paradoxes, les malentendus intérieurs de ses personnages (et sans doute les nôtres) . Ils veulent quelque chose, mais ils changent d’avis, ils regrettent, ils ne sont plus sûrs de vouloir….
Ça peut paraître très énervant, il y a même comme un peu d’ennui qui se glisse dans ces pages, une forme de vacuité, de la tristesse, beaucoup de solitude et cette incapacité que nous avons parfois à attraper le bonheur  quand il est là, tout simplement.
C’est assez terrible, mais en même temps, j’espère que vous serez sensible à la manière dont Inoué glisse de la légèreté dans tout ça, comme l’écume blanche des vagues…
Je ne vous en dis pas plus et suis curieuse de savoir sous quel angle vous lirez ces pages.

dimanche 5 janvier 2014

FEVRIER 2014 - Livre proposé par Marie-Anne

LES AVEUGLES, de Bi Feiyu

Mon souhait initial était de vous faire découvrir une écrivaine thaïlandaise... pays et manières des gens, qui m’ont beaucoup surprise, émue.
Je ne suis pas arrivée à trouver une auteure, un livre …
Toutefois, il m’est revenu ce souvenir : A Chiang Maï, grande ville du nord de la Thaïlande, se trouvent incarcérées des femmes. Un atelier de réinsertion y fonctionne : les détenues reçoivent dans un petit bâtiment à l’écart de la prison les touristes ou les habitants « ordinaires » venant là se faire masser.
Personnellement je n’ai pas expérimenté, retenue par la réputation des massages, très efficaces mais insuffisamment « confortables » pour nos habitudes françaises.

Lorsque j’ai eu « Les aveugles » entre les mains, je me suis dit que ce livre là, pourrait vous plaire.
Aller à la rencontre de ces non voyant-es chinois-es spécialisé-es en tuina, découvrir cette communauté dont nous ne savons rien…Comment le handicap devient talent pour quelques un-es… Comment se vit le rapport au corps…Comment cohabitent les 2 communautés, aveugles et voyant-es…
Vous allez découvrir une autre Chine que celle que nous avons côtoyée cette année.
Vous allez découvrir aussi un style : direct, parfois trivial.
Vous allez sans doute découvrir quantité de choses que je n’ai pas vues.
Et, je l’espère, vous laisser toucher.

mercredi 1 janvier 2014

JANVIER 2014 - Livre préconisé par Odile

L’ELIMINATION, Rithy Panh avec Christophe Bataille

A notre réunion, j’ai choisi le Cambodge dans l’intention de mieux connaître la culture de ce pays de l’intérieur. J’ai, dans mon vieux passé de formatrice, dans les années 80, travaillé avec de nombreux stagiaires d’Asie du Sud-Est et notamment du Cambodge. J’ai toujours été très impressionnée par le monde construit par les Khmers rouges et le génocide qu’ils ont organisé.

Je connaissais également Rithy Panh de nom et comme cinéaste, mais je n’ai vu aucun de ses films. Je crois cependant que L’image manquante est passé récemment à la télévision. J’avais prévu depuis longtemps de lire ce livre.
Cependant, je redoute un peu de vous le soumettre, car il est particulièrement dur : l’auteur écrit sur le génocide, la disparition des siens et de tous ceux qui sont en camp avec lui, à treize ans ! Il en a aujourd’hui cinquante et a consacré, semble-t-il une bonne partie de sa vie à réfléchir à ce qui s’est passé dans son pays. Il en dit : « Oublier est impossible. Comprendre est difficile ». Dans ce but, il a choisi d’interviewer et de filmer Duch, un des responsables et bourreaux. Ce n’est pas la voie de la facilité. Le livre fait des allers et retours entre son passé et ce présent, tous deux difficiles.

Je termine avec une phrase qui m’a frappée par sa justesse et son actualité : « Seul les politiques s’arrogent le droit de gracier ou de pardonner au nom de tous – ce qui est inconcevable pour un crime de masse ou un génocide. Je ne crois pas à la pacification par décret » et je vous assure que c’est un très beau livre.

mardi 12 novembre 2013

DECEMBRE - Livre préconisé par Anny

LES FUNERAILLES CELESTES  de  XINRAN

J’ai bien aimé ce petit livre d’une chinoise amoureuse qui se rend au Tibet pour retrouver son mari mort à 29 ans « au combat » pendant les années 50 dans le cadre de la «  Libération de ce pays ».

Sa vie sera courte avec lui, Kejun, mais non moins intense : elle  s’émancipe en faisant des études de médecine, de dermatologue et se marie librement en choisissant son compagnon: le pays changeait et se libérait de certaines coutumes aussi. Lui est très apprécié par sa gentillesse et son éthique et totalement dévoué au « Parti ». Cela étant, ils restent tous les deux très attachés comme tous leurs compatriotes à cette époque à leur « Mère Patrie » et lui à une raison que vous découvrirez à payer sa dette en partant pour ce pays inconnu. On est dans les années 50 et la guerre est très violente  entre la CHINE et le TIBET.

C’est dans le même état d’esprit un peu militaire qu’elle revêt, elle aussi, son uniforme  pour aller soigner les soldats et « libérer » le TIBET : un peu naïvement je trouve mais libérer de quoi ? On retrouve là  l’état d’esprit et le discours de tout colonisateur et de leur ambivalence.
Toute à son admiration pour lui, elle veut le retrouver, le voir de prés, le toucher pour y croire et comprendre sa mort et les circonstances de ce décès.

Shu Wen  vivra ainsi trente ans dans ce souvenir et dans ce pays  où tout lui est étranger mais qu’elle acceptera, comme enfermée dans ces tentes sur les montagnes : intriguée par ses occupants  puis envoûtée ensuite par leur mode de vie. Elle supportera toutes ces épreuves au détriment de ses sentiments pour sa famille qu’elle quitte. On se laisse envoûter avec elle par ces régions arides. Mais elle aura  à apprivoiser cette  vie de nomade si particulière.

C’est sans doute la spiritualité omniprésente à travers les prières , les mantras qui habitent ces hommes et ces femmes qui aura raison de sa ténacité ,vous me direz si vous êtes d’accord .Comment ces tibétains s’occupent de leur Yaks ,et ramassent des herbes médicinales , comment ils se couchent et dorment , leur relation affective(il y a une jolie anecdote là dessus ) , comment ils mangent , boivent du thé au beurre salé , comment ils s’habillent , et se parent de colliers somptueux , comment ils se regardent , et la regardent elle : les enfants et les adultes surprise de leur sérénité…Alors elle oublie sans doute au vu de leur accueil chaleureux qu’on lui réserve que les tibétains décrits comme des hommes violents à la guerre sont si paisibles au quotidien.

Sa rencontre avec Zhuoma, une Tibétaine amoureuse de la Chine et de son valet Tienanmen sera déterminante dans son périple, elle sera comme une sorte de sœur sans doute : s’épaulant l’une l’autre, chacune aidant l’autre à se comprendre (« effet miroir ? » n’est ce pas Geneviève ?).Elle sera sa  traductrice et  "sa conseillère en communication" ! Des actes et des échangent verbaux des habitants.

On ne peut lire ce livre sans être accompagné « des esprits » qui l’animent et ou de ce qu’on appellerait la foi, des forces occultes à travers la présence des Lamas qui sont dans les monastères et où les enfants séjournent jeunes. « Le Tibet est un grand Monastère » alors qu’en Chine la religion est « un code moral géré par des Laïcs ».

Cette façon de penser et de vivre va beaucoup aider Wen à affronter la famille de Gela et Ge’er sans savoir aucun mot de tibétain, cette vie de recluse et d’étrangère, dehors sur les chevaux puis sous la tente (comme dans une bulle, comme un bébé dans  le ventre de sa mère ?!!) où chacun a sa place et vaque à ses occupations en souriant comme Saierbao.

Tout cela  n’empêchera pas Wen  de sombrer dans une dépression profonde en désespérant d’atteindre son but dans ce désert montagneux et  n’ayant  plus de notion du temps (il n’y avait pas de calendriers) , ces hommes ne pensaient que deux saisons : hiver et été …Puis vous verrez comment elle sort de son mutisme et de cette situation, sans doute portée par la compassion de cette famille, et comment elle va à la rencontre de Qiangba l’ermite dans les  Montagnes Sacrées où l’on inscrit un vœu pour qu’il se réalise et  « Quand on met les doigts sur les mots on sent la présence des divinités » .

Avec cette histoire on traverse ces 30 ans avec elle, isolée de tout et isolée de la marche du monde : la révolution culturelle de 1970 avec MAO ZETONG et de la fuite du DALAI  LAMA entre autres. Le monde a tourné vite et sans elle.

Vous découvrirez comment  à travers cette phrase somme toute magique tout se noue et se dénoue « Om mani pedme hum », on a envie avec elle d’admirer les bannières de petits drapeaux à LHASSA et les lamas qui jouent de leurs grosses trompes et la foule qui s’y presse.
Et comment avec son humanisme son mari « se sacrifiera » avec ce rituel « en-vautour-ante » (à vous de comprendre)  et aussi forts et cruels que « ces funérailles célestes » qui le conduit à l’irréparable mais avec en âme et sa conscience de pur soldat chinois soldat. Certaines scènes auraient  pu être plus développées notamment celles de ce sacrifice.

Puis la fin de ce long parcours d’espérance de Shu Wen, d’abnégation de soi, de sacrifice fait réfléchir. On peut néanmoins s’interroger sur cet enfermement qui l’a empêché de revoir les siens plus tôt mais cela n’est qu’une projection de ma part, en avait-elle envie et elle n’était pas à l’aire d’Internet  !!! Et comme dirait notre amie Geneviève, elle s’est construite psychiquement autour de la symbolisation de cet amour pour ne pas mourir.

L’écriture y est un peu rapide, parfois on aurait aimé plus d’approfondissement, d’explications.

On ne peut s’empêcher de penser à Alexandra David Niels qui elle est partie elle, volontairement dans ce pays, aidée financièrement par son mari (très critiquée à ce sujet) déguisée en homme pour se cacher et être libre d’appréhender les mœurs et mieux comprendre les tibétains  ….. Allez voir ce joli musée à DIGNES qui résume sa vie.

Bonne lecture.

mardi 22 octobre 2013

NOVEMBRE - Livre préconisé par Marie-Pierre


LES BELLES ENDORMIES de Yasunari KAWABATA


"Les belles endormies" est d'abord publié en 1960 sous forme de feuilleton. C'est l'histoire d'un homme qui va se rendre, conseillé par un ami, dans une maison où il va passer la nuit auprès de jeunes filles endormies profondément, et qui ne se réveilleront pas.
Il y va d'abord par curiosité, pour lui, venir dormir auprès de jeunes filles endormies, c'est accepter l'horreur de la vieillesse, l'impossibilité de se comporter en homme avec une femme, mais cela ne le concerne pas vraiment car il n'est pas comme les autres clients de cette maison, "un client de tout repos".

Au cours des nuits passées dans cette maison il va vibrer de joie et de bonheur de redécouvrir la beauté et la jeunesse de ces filles, il va revivre des souvenirs enfouis.
 
Mais ce livre n'est pas un long fleuve tranquille, est-ce si facile d'accepter la décrépitude de la vieillesse? Non;  Eguchi a aussi des envies de révolte et de destruction, de violence et de mort.
Tout s'accélère et la fin arrive comme un couperet .

Je vous laisse découvrir ce livre magnifique.
Bonne lecture .

mardi 17 septembre 2013

OCTOBRE - Livre préconisé par Geneviève



Le Dit de TIANYI par François Cheng  
       
« Au commencement, il y a eu le cri dans la nuit ». Cette phrase est-elle de Tianyi, ou celle de Cheng 
En tous cas c’est Cheng qui a écrit ce texte appelé « roman ».

Cheng. Un poète, un peintre, un essayiste, un écrivain.

Un texte étonnant, qui m’a bouleversée à l’époque où je l’ai lu, en vacances dans le Luberon chez une de mes cousines .Il m’a d’autant plus bouleversée que je ne savais pas ce que j’allais lire, l’ayant pris dans la bibliothèque de cette grande maison, qui a un charme équivalent à celle que Claire nous a ouverte.

Je l’ai choisi en ne m’arrêtant que sur la photo du signe chinois de la couverture. J’aime la calligraphie et la peinture chinoise. J’aime ouvrir un livre et me laisser embarquer par la lecture, si c’est le cas.Et c’est ce qu’il s’est passé.

Il est possible que je trouve aujourd’hui ce livre un peu trop abstrait, et un peu manichéen, un peu long ! J’ai tous ces scrupules quand je propose un livre aux pisteurs ! 

Ce que je sais, c’est qu’il a fait renaitre chez moi un formidable élan d’énergie vitale, et qu’il a marqué d’une lumière ma mémoire. Ce trait lumineux a reparu quand a été prononcé notre thème de l’année : littérature asiatique.
J’avais noté une phrase, qui m’avait à l’époque marquée : « Pas un mouvement de notre corps qui n’avive les douleurs accumulées. Pas un mouvement, cependant, qui n’inspire un fou désir d’être à nouveau ». Je relis cette phrase avec un sourire : cela devait se passer en 89-90.J’avais effectivement besoin de ce type de phrase !

Que l’on ne se trompe pas : ce qu’écrit Cheng par la voix de Tiany n’est pas un savoir pédagogique : il n’y a qu’à repérer le nombre de phrases interrogatives qui laissent les questions ouvertes. Il vous fait cheminer et découvrir.

Ce livre ne se commente pas, il se lit comme on déchiffrerait une partition qui ferait naitre une vive émotion. Ou bien on le repose, définitivement. Il demande que l’on prenne un peu de temps pour en lire plusieurs pages afin de se laisser prendre par la poésie de l’écriture.

Vous allez rencontrer Tianyi, Haolang, et Yumei. Deux hommes, une femme.

Tianyi est parti en France en 48, il revient en Chine en 57.Il y a trois parties à ce livre : la période durant laquelle Tianyi grandit en Chine, la période où il est en France, la période qui suit son retour .J’ai eu du mal avec cette dernière, qui est plus envahie par l’histoire difficile de la Chine, mais où Tianyi, lui reste vivant.

Au printemps 62, parti en Sibérie chinoise, il arrive à écrire : « Le printemps de 1962 est pareil sur cette terre de Sibérie chinoise, où la nature, impatiente du trop long hiver, faisant craquer les glaces, explose de toutes ses énergies comprimées. L’horizon s’élargit sans cesse, repoussant toujours plus loin les confins, au-delà du vol des oies sauvages, au-delà même des nuages, détendus, prometteurs…. » Ces nuages-là, je les ai retrouvés à Vattetot, et j’écris cette préconisation le jour de mon retour ! (septembre 2012). Que cette lecture vous donne l’énergie nécessaire pour affronter l’hiver ! 
                                                                      
Cette préconisation, l’étourdie que je suis ne l’a pas cherchée, croyant que je ne l’avais pas faite, et j’en ai écrit une autre ! Elle n’est pas aussi enthousiaste, et bien moins tournée, alors ça m’a amusée de garder la première que je ne peux corriger !

Je vous souhaite d’aborder ce livre de la façon qui a été le mienne l’année dernière.


mercredi 10 juillet 2013

AOUT - Livre préconisé par Olaf

Cité de la Poussière Rouge -  Qiu Xialong


Ne cherchez pas une histoire continue dans ce livre. La fin n’est pas plus intéressante que le début... C’est l’histoire du temps qui passe dans un ensemble de maisons traditionnelles à Shanghai. On parle entre voisins et l’on commente l’actualité...Sauf que cette actualité elle dure de 1949 pour aller jusqu’en 2005...et chaque année commence par le « bulletin d’information de la Poussière Rouge pour l’année.... »
Recommandé par un libraire rennais à qui je demandais conseil pour nos lectures, je me suis jeté sur la lecture de ce livre, sans doute avec l’idée qu’un récit va se développer, que les pages suivantes vont apporter du nouveau...Il m’a fallu changer de rythme (d’où mon conseil de ce début de préconisation). Prenez votre temps.
Vous ne regretterez pas de suivre les péripéties belles ou féroces de petites gens dans un pays que l’on découvre ainsi par la vie quotidienne du peuple.
Il y a des pensées jetées au fil des pages, des proverbes qu’il faut relire deux fois par peur de ne pas comprendre, il y a des histoires qu’on n’imaginerait pas dans notre civilisation, il y a enfin, la découverte d’un pays par le petit « bout de la lorgnette », mais qu’importe, regarder par le trou de la serrure rend le spectacle encore plus beau !

Bonne lecture