mercredi 4 juin 2014

Juillet 2014 - Livre proposé par Evelyne

Le convoi de l'eau - Akira YOSHIMURA


L'histoire est celle d'un homme au passé plus que trouble, qui s'engage comme ouvrier sur un chantier pour construire un barrage dans une montagne très isolée. Or, il y a un village dans la vallée qui va être englouti. C'est donc le contact – ou plus exactement les difficultés de contact - entre l'équipe de travail et les habitants, qui fait l'objet du roman.
Le côté très sombre de cet auteur m'apparaît vertigineux et me crée un grand trouble.
Au fur et à mesure du texte, les contrastes se révèlent de manière très violente : la splendeur de la nature, entre eau et brouillard, et son abominable érosion par l'homme, la souffrance individuelle et collective, la bêtise et l'intelligence, la vie et la mort. La manière dont l'auteur nous fait petit à petit comprendre les réactions de ces habitants de ce village si spécial, est magnifique.
C'est écrit au couteau, mais avec infiniment de nuances, et la mort peut être tragique, ou vengeresse,  ou libératoire, en étant incarnée par un squelette éternellement suspendu à un arbre, ou dans un petit sac au fond d'une poche, ou dans un ruisseau.
J'aime beaucoup ce héros anti héros, qui se déteste. Le voir plonger dans un monde qui pourrait  aussi bien être qualifié de très réaliste que relevant du  registre du mythe éternel, m'a séduite.

J'aime beaucoup l'intemporalité de cette histoire et de cette écriture.
Pour moi, un texte fort.

samedi 31 mai 2014

Juin 2014 - Livre proposé par Olaf

Conte d'amour un soir de pluie - Huy Thiep NGUYEN


C’est le libraire chez qui je vais acheter tous les livres qui se rapportent à notre thème de l’année et à qui je demandais conseil qui m’a fait découvrir ce livre qu’il semblait aimer.
Il m’a transmis le virus.

Puissiez-vous aussi partager cette envie.

On hésite entre, succomber à la beauté de la simplicité, ou se fourrer la tête dans un pot de miel. Les apparences sont souvent trompeuses dit-on ; c’est le cas ici. Je ne fais pas de résumé complet, d’abord parce que c’est des nouvelles, ensuite parce que je n’en n’ai pas envie. Par contre, je vais parler d’une ou deux nouvelles particulièrement intéressantes.
Nguyên Huy Thiêp est, dit-on, un écrivain ayant participé à la renaissance littéraire du Viêt-Nam dans les années 1980. Renaissance effectivement, les pages de l’histoire du pays ne cessèrent de brûler sous le napalm et autres fioritures, dont les Américains et les Français gardent jalousement le secret, qu’à partir de 1975.

On sent dans ces nouvelles le désir aussi bien de renouer que de reconstruire, une histoire poétique d’un pays qui s’en est pris plein la gueule. On trouve alors une force à l’œuvre dans ces pages, belle de mélancolie et puissante arborescence, qui croît dans le cœur et l’esprit du lecteur pour y déposer une sincérité poignante et crue. Dans cette poétique historique s’avance aussi un constat social, celui de la pauvreté, de la violence conjugale, de l’exploitation au travail, ce qui donne assez souvent au lecteur d’être pris dans les brisures du texte, balloté de l’un à l’autre en un sentiment de folie réaliste et très figurative.

Une voix qui raconte sans trémolos et sans apitoiement les meurtrissures du cœur, les incertitudes de l'âme, où s'exhalent tour à tour la plainte de la solitude et l'impatience du désir ; une voix pleine, sans cesse sur le point de se briser telle une eau dans un récipient trop étroit, une voix d'où les mots tombent comme du miel.

NB : C’est drôle comme souvent on parle de miel et de douceur quand on parle du style de cet auteur. J’ai trouvé cela à plusieurs reprises dans mes voyages internet…

Allez je vous laisse à votre lecture…

Je vous promets de réagir à vos commentaires. Ce sera pour moi une façon de m’impliquer davantage en ce mois de juin à nos lectures communes.

mercredi 23 avril 2014

Mai 2014 - Livre proposé par Marie

Balzac et la petite tailleuse chinoise - Dai Sijie


Après les récits de ces derniers mois ce livre apparaîtra d’une grande légèreté au parfum de la jeunesse. Il m’en reste une impression de lecture vivante et pleine de fraîcheur.

En Chine, dans le contexte des années de la  révolution culturelle, deux amis de 17 et 18 ans se connaissent depuis l'enfance. Ils sont envoyés en rééducation dans les montagnes du Sichuan en 1971, considérés comme des « intellectuels » du fait des métiers de dentiste et de médecin de leurs parents. Ils devront être rééduqués par des paysans - mineurs. 
La vie est rude et laborieuse. Leurs talents, de conteur pour  Luo et de musicien  pour le narrateur, leur permettent des relations  particulières avec les villageois qui les surveillent comme « ennemi du peuple » engendrant des situations parfois cocasses.

Leur quotidien s’éclaircit de deux rencontres. La « Petite Tailleuse », une jeune fille dite « la plus belle de la montagne », pleine de vie mais sans aucune instruction et de Binoclard, un autre garçon lui aussi en rééducation dans un village voisin, qui a enfreint la loi en cachant chez lui une valise pleine de livres contenant les romans de grands auteurs occidentaux du XIXe siècle. La lecture de ceux-ci, à trois, éprouvée comme moyen d’émancipation à une condition répressive est un bel appel au voyage par la lecture, autre sujet de cette histoire.

En souhaitant que vous passiez un bon moment. 

mardi 25 mars 2014

Avril 2014 - Livre proposé par Véronique

COMPARTIMENT POUR DAMES   -  Anita NAIR


Compartiment pour dames par Nair
Anita Nair est une écrivaine indienne, qui après une enfance à Madras, a voyagé à travers l’Angleterre et les Etats Unis avant de revenir s’établir à Bangalore en Inde. 

Son héroïne, Akhila, fille ainée d’une famille dont elle a la charge à la mort de son père, décide de partir seule en voyage pour l’extrémité sud de l’Inde. Dans ce compartiment pour dames, elle fait la connaissance de six femmes et va partager avec elles leur intimité pendant ce parcours. Chacune raconte son histoire et Akhila, qui est en plein questionnement sur elle-même, va être amenée à réfléchir sur son passé, sur ses renoncements et ses sacrifices. Peu à peu, Akhila, en côtoyant le destin de ces six femmes va comprendre qu’elle seule peut trouver une issue à ses interrogations « existentielles ».


Les six récits mettent aussi en avant des questions sur la société indienne et la place de la femme ainsi que son rôle. Petit détour indien intéressant car ce sont des voix de femmes qui se font entendre…Bonne lecture à tous et toutes

lundi 24 février 2014

Mars 2014 - Livre proposé par Alberte-Marie


L'AMOUR, LA MORT ET LES VAGUES  -  Yasushi Inoue

De ce titre, je ne retiendrais pas le mot amour ; le mot mort a quelque chose à voir avec le premier texte ; mais c’est surtout le mot vagues qui retient mon attention.
Un peu comme si les vagues, celles de la plage, étaient aussi à l’intérieur de nous. Les vagues, ce mouvement de l’eau qui arrive avec son écume blanche, gracieuse et légère, s’étale, s’installe et sitôt fait, se retire comme pris d’un remords subit, comme s’il changeait d’avis.
Voilà, je trouve qu’Inoué joue remarquablement avec ce concept d’instabilité, tout en ancrant les évènements dans des lieux immémoriels et stables.
Il joue avec les contradictions, les ambiguïtés, les paradoxes, les malentendus intérieurs de ses personnages (et sans doute les nôtres) . Ils veulent quelque chose, mais ils changent d’avis, ils regrettent, ils ne sont plus sûrs de vouloir….
Ça peut paraître très énervant, il y a même comme un peu d’ennui qui se glisse dans ces pages, une forme de vacuité, de la tristesse, beaucoup de solitude et cette incapacité que nous avons parfois à attraper le bonheur  quand il est là, tout simplement.
C’est assez terrible, mais en même temps, j’espère que vous serez sensible à la manière dont Inoué glisse de la légèreté dans tout ça, comme l’écume blanche des vagues…
Je ne vous en dis pas plus et suis curieuse de savoir sous quel angle vous lirez ces pages.

dimanche 5 janvier 2014

FEVRIER 2014 - Livre proposé par Marie-Anne

LES AVEUGLES, de Bi Feiyu

Mon souhait initial était de vous faire découvrir une écrivaine thaïlandaise... pays et manières des gens, qui m’ont beaucoup surprise, émue.
Je ne suis pas arrivée à trouver une auteure, un livre …
Toutefois, il m’est revenu ce souvenir : A Chiang Maï, grande ville du nord de la Thaïlande, se trouvent incarcérées des femmes. Un atelier de réinsertion y fonctionne : les détenues reçoivent dans un petit bâtiment à l’écart de la prison les touristes ou les habitants « ordinaires » venant là se faire masser.
Personnellement je n’ai pas expérimenté, retenue par la réputation des massages, très efficaces mais insuffisamment « confortables » pour nos habitudes françaises.

Lorsque j’ai eu « Les aveugles » entre les mains, je me suis dit que ce livre là, pourrait vous plaire.
Aller à la rencontre de ces non voyant-es chinois-es spécialisé-es en tuina, découvrir cette communauté dont nous ne savons rien…Comment le handicap devient talent pour quelques un-es… Comment se vit le rapport au corps…Comment cohabitent les 2 communautés, aveugles et voyant-es…
Vous allez découvrir une autre Chine que celle que nous avons côtoyée cette année.
Vous allez découvrir aussi un style : direct, parfois trivial.
Vous allez sans doute découvrir quantité de choses que je n’ai pas vues.
Et, je l’espère, vous laisser toucher.

mercredi 1 janvier 2014

JANVIER 2014 - Livre préconisé par Odile

L’ELIMINATION, Rithy Panh avec Christophe Bataille

A notre réunion, j’ai choisi le Cambodge dans l’intention de mieux connaître la culture de ce pays de l’intérieur. J’ai, dans mon vieux passé de formatrice, dans les années 80, travaillé avec de nombreux stagiaires d’Asie du Sud-Est et notamment du Cambodge. J’ai toujours été très impressionnée par le monde construit par les Khmers rouges et le génocide qu’ils ont organisé.

Je connaissais également Rithy Panh de nom et comme cinéaste, mais je n’ai vu aucun de ses films. Je crois cependant que L’image manquante est passé récemment à la télévision. J’avais prévu depuis longtemps de lire ce livre.
Cependant, je redoute un peu de vous le soumettre, car il est particulièrement dur : l’auteur écrit sur le génocide, la disparition des siens et de tous ceux qui sont en camp avec lui, à treize ans ! Il en a aujourd’hui cinquante et a consacré, semble-t-il une bonne partie de sa vie à réfléchir à ce qui s’est passé dans son pays. Il en dit : « Oublier est impossible. Comprendre est difficile ». Dans ce but, il a choisi d’interviewer et de filmer Duch, un des responsables et bourreaux. Ce n’est pas la voie de la facilité. Le livre fait des allers et retours entre son passé et ce présent, tous deux difficiles.

Je termine avec une phrase qui m’a frappée par sa justesse et son actualité : « Seul les politiques s’arrogent le droit de gracier ou de pardonner au nom de tous – ce qui est inconcevable pour un crime de masse ou un génocide. Je ne crois pas à la pacification par décret » et je vous assure que c’est un très beau livre.