mardi 29 mars 2016

Avril 2016 - livre et film proposés par Alberte-Marie


Les adieux à la reine de Chantal Thomas et Benoit Jacquot


Agathe-Sidonie Laborde, celle qui raconte, est une des lectrices de la reine Marie-Antoinette. Elle a été choisie pour sa voix un peu sourde qui a un effet apaisant quand la reine est agitée ou veut s’endormir.

Elle est maintenant en exil, avec toute cette société qui a fui la France au moment de la Révolution, et c’est un triste exil.

Mais elle se souvient de ces jours, ces trois jours, 14, 15, 16 juillet 1789 où tout a basculé, de la grâce, du charme le plus parfait à l’incompréhension, entraînant pagaille, agitation et  pressentiment de la chute d’un monde séculaire vers un autre ordre pas encore défini.

Sidonie assiste à tout cela dans une sorte de fébrilité incrédule, parce qu’elle est attachée à son rôle auprès de cette reine capricieuse mais attendrissante, et aussi par une curiosité infinie pour ce Versailles à plusieurs couches. Et elle peut traverser les différentes couches.
Donc elle nous donne tout à voir, à entendre.

Et quelle fresque, mazette ! Un Versailles mêlé, labyrinthique, grouillant, tour à tour intime ou protocolaire, déchirant et historique.
Benoît Jacquot reprend l’écrit de Chantal Thomas avec brio, jouant de la confusion pour un défilement d’images et de scènes contrastées, étranges, et un effet de brouillon volontaire qui témoigne de ce moment si particulier.

Je vous souhaite de puiser dans les deux œuvres des moments riches, intéressants et pulpeux.

samedi 20 février 2016

Mars 2016 - Livre et film proposés par Odile

TERREUR APACHE, de W.R. Burnett
FUREUR APACHE, de R. Aldrich

Terreur apacheLe livre Terreur apache est le premier publié dans la collection « L’Ouest, le vrai » par Bertrand Tavernier chez Actes-Sud. Je me suis réjouie de l’apparition de cette nouvelle collection, fin 2013, qui permet de constater que les premiers auteurs de westerns étaient des écrivains, et pas des moindres.
Par ailleurs, cela fait un petit lien avec le livre du mois dernier adapté en film par Bertrand Tavernier. Quant à Burnett, c’est aussi un auteur de la « Série noire » et vous pourriez avoir lu Quand la ville dort, adapté aussi au cinéma.
Ce que j’aime dans Terreur apache et vous propose de découvrir, c’est la complexité des situations, des personnages et du monde qui nous est décrit : pas de manichéisme, de simplisme. Les Indiens ne sont pas systématiquement mauvais, les cow-boys bons ; les hommes et les femmes (il y en a peu, mais elles ont du caractère) sont forgés par leur histoire.
On trouve des pages sur la nature, un genre d’osmose entre les solitaires et le monde environnant que l’on peut qualifier de spirituel. Et puis il y a aussi l’épopée des conquêtes et, là aussi, les choses ne correspondent pas aux clichés véhiculés dans beaucoup de westerns : qui étaient les premiers occupants du territoire ? Lesquels sont légitimes ?
Je vous propose comme film Fureur apache, inspiré assez librement du livre. Les personnages ne portent pas les mêmes noms, mais l’histoire est la même. Il y a un autre film Le sorcier du Rio Grande mais je ne l’ai pas trouvé. Le hic, après les deux films récents que nous venons de voir, c’est que Fureur apache date de 1972 ! Et ça se voit !

samedi 16 janvier 2016

Février 2016 - Livre et film proposés par Evelyne

Dans la brume électrique



Cela se passe en Louisiane du sud, dans les bayous de New Iberia. Deux histoires s'entrecroisent entre passé et présent.
Le livre a été écrit en 1992, le film est sorti en 2009. Entre temps, la Louisiane a affronté l'ouragan Katrina... et vous verrez que Tavernier a intégré l'épisode tragique de Katrina dans le film, avec l'accord de l'auteur James Lee Burke.
Le personnage central, - qui se retrouve dans de nombreux livres de cet auteur - est l'inspecteur Dave Robicheaux, finement interprété dans le film par Tommy Lee Jones. Quel attachement j'éprouve pour cet inspecteur, ancien alcoolique, ancien du Viêt-Nam, tourmenté et violent,  pathétique dans ses remords, émouvant dans ses doutes et sa recherche de vérité.
Mais ce qui m'a autant, sinon plus, enthousiasmée, c'est la description de ce territoire, son omniprésence. C'est un pays à très forte individualité, remarquablement décrit dans le roman, et que Bertrand Tavernier a voulu retrouver dans l'adaptation qu'il en a fait.
L'histoire est à son image: violente, poisseuse, douloureuse.  Comme le passé des gens qu'on y croise. Comme le présent  avec lequel on est confronté quand on y vit : la chaleur, les cyclones, le pétrole...
Bonus  : Bertrand Tavernier, le réalisateur du film, a écrit le récit du tournage, jour après jour, du 21 avril au 22 juin 2007. Cela s'appelle : "Pas à pas dans la brume électrique" et c'est paru chez Flammarion en 2009.Si la manière dont Tavernier a tourné en Louisiane, avec une production et une équipe américaines, vous intéresse, lisez-le. Même si parfois j'ai trouvé qu'il y avait quelques aspects trop anecdotiques ou trop techniques,  cette lecture complémentaire permet de  se rendre compte du contexte de tournage en Louisiane, de comprendre ses choix d'adaptation, ses rapports (parfois très difficiles) avec producteurs, techniciens, acteurs, ses doutes de metteur en scène...
Il y a une seule chose que j'ai regrettée dans l'adaptation, c'est...mais on verra cela plus tard ! Enfoncez-vous d'abord dans les bayous, mais faites  attention, c'est plein d'alligators, et de cadavres.